Sabrina “Léviathan” Agnelet : prodige de l’image poker

Sabrina “Léviathan” Agnelet fait partie de ces profils qui racontent le poker autrement : non pas depuis la table, mais derrière la caméra, dans le rythme, la lumière, le montage et l’émotion. Vidéaste, réalisatrice et créatrice d’images, elle s’est imposée progressivement dans un univers encore très masculin, jusqu’à travailler sur des productions liées aux World Series of Poker.

Des premiers contenus poker à “Pour la Gloire”, en passant par la Queen’s Squad et les WSOP Europe, Sabrina a construit une signature visuelle reconnaissable : plus cinématographique, plus humaine, plus immersive. Avec Léviathan, elle ne se contente pas de filmer des joueurs ou des tournois ; elle cherche à capter ce qu’il y a derrière les regards, les silences, la pression et les histoires personnelles.

Dans cette interview, on va revenir sur son parcours, sa place de femme réalisatrice dans le poker, sa manière de travailler l’image, ses rencontres décisives, et cette ambition claire : donner au poker une esthétique plus moderne, plus sensible et plus puissante.

Du cinéma au poker : un regard décalé

Sabrina, ton premier vrai contact avec le poker s’est fait à travers le documentaire “Pour la Gloire”. Qu’est-ce que tu as vu, ce jour-là, que les autres ne voyaient peut-être pas encore ?

Ce que j’ai vu ce jour-là, c’est un mélange d’émotions et d’histoires. Pour moi, le poker, ce n’est pas juste des cartes, c’est quelque chose de bien plus complet. Là où certains voyaient seulement un jeu, moi j’ai vu des histoires à raconter.

sabrina leviathan agnelet film poker

Tu n’es pas arrivée dans le poker par le jeu, mais par l’image. Est-ce que ça t’a permis de regarder cet univers avec plus de recul, presque comme une matière de cinéma ?

Oui, complètement. Arriver par l’image m’a permis de ne pas être “formatée” par les codes du poker. Je l’ai abordé d’une manière différente, et ça m’a donné une certaine liberté dans la façon de le raconter.

On dit souvent que le poker est difficile à filmer parce que l’action est intérieure : les calculs, les doutes, la peur, l’ego. Comment tu fais pour rendre tout ça visible à l’écran ?

Justement, en ne filmant pas uniquement le jeu. Je vais chercher les micro-expressions, les regards, les mains, les émotions. Le lieu aussi est important. En quelques secondes, dans une vidéo, j’essaie de retranscrire ce qu’il se passe pour que ceux qui regardent de loin aient l’impression d’y être. C’est là que tu peux montrer l’envers du décor, pas seulement ce qu’on voit à la table télé, mais aussi tout ce qui se passe autour.

Le passage aux WSOP

Tu as été repérée par Grégory Chochon puis amenée à travailler sur les productions des WSOP. À quel moment tu as compris que ton travail prenait une dimension internationale ?

Je l’ai compris progressivement. Quand on ne vient pas du monde du poker, je pense qu’on ne réalise pas tout de suite l’ampleur des WSOP. J’ai découvert leur histoire, rencontré des acteurs importants de la marque et vécu des moments forts avec eux. C’est tout cela qui m’a fait prendre conscience de leur importance. Je serai toujours reconnaissante envers Gregory de m’avoir donné ma chance dans ce milieu.

À lire également : son interview pour L’amateur de poker, où elle revient sur son passage aux WSOP et son approche cinématographique du jeu.

Les WSOP, c’est le Graal du poker mondial. Quand tu es derrière la caméra sur ce type d’événement, qu’est-ce qui change par rapport à un tournage plus classique ?

Tout est amplifié : l’échelle, les moyens, la pression, les enjeux. Tu n’es plus juste là pour capter des images, tu participes à la mémoire d’un événement historique. Chaque plan compte davantage, parce qu’il peut devenir une référence.

Filmer le poker autrement

Tu as souvent parlé d’une approche plus narrative et cinématographique. Concrètement, c’est quoi “filmer le poker autrement” pour toi ?

C’est sortir du côté purement technique ou informatif. C’est raconter une histoire, créer une ambiance, donner une identité visuelle. Filmer le poker autrement, c’est se concentrer sur une atmosphère globale et proposer une vision différente du jeu et de ce qui l’entoure.

sabrina leviathan agnelet en action

Dans tes vidéos, est-ce que tu cherches d’abord le beau plan, le bon rythme, ou l’émotion juste ?

L’émotion juste. Le beau plan et le rythme sont au service de ça. Si l’émotion est là, le reste suit. Sinon, même une image parfaite reste vide.

Tu es réalisatrice, productrice, monteuse, parfois créatrice de formats. Est-ce que cette polyvalence est une force obligatoire aujourd’hui pour exister dans le contenu poker ?

Aujourd’hui, oui, c’est clairement une force. Dans un milieu comme le poker, où les formats évoluent vite, cette polyvalence devient presque indispensable. C’est d’ailleurs ce qui me permet aujourd’hui de travailler à la fois sur des productions broadcast et sur du contenu social media.

La place des femmes dans le poker

Le milieu du poker, comme celui de la technique audiovisuelle, reste très masculin. Est-ce que tu as eu l’impression de devoir prouver plus que les autres pour être légitime ?

Oui, il y a forcément eu des moments où il fallait prouver davantage. Mais au final, ce qui reste, c’est le travail, la loyauté et la confiance. La légitimité se construit dans la durée, par la constance plus que par le discours.

Tu travailles aussi sur des formats comme Queen’s Squad. Est-ce que raconter des trajectoires féminines dans le poker a une importance particulière pour toi ?

Oui, parce que ces trajectoires sont encore sous-représentées. Montrer d’autres visages du poker, d’autres parcours, ça enrichit le récit global. Et ça permet aussi à d’autres femmes de se projeter, ce qui reste essentiel.